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Tipikal & Kpester
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Nouvelle étape dans la controverse qui oppose le rap français à la police : le duo Tipikal et K-Pster. En 2006, le maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, confie à un jeune réalisateur (demeuré anonyme) la misssion de réaliser un clip sur le malaise des banlieues, un sujet revenu au centre de l'actualité depuis les émeutes de décembre 2005. Quelques mois, plus tard, ce même réalisateur finit de réaliser la vidéo de "Colt 44" desdits rappeurs. Choqué par le morceau et son clip, le syndicat de policiers Alliance (de droite) s'apprête à porter plainte contre eux.
Or, qu'est-ce donc que cette chanson? Un egotrip dans la plus pure tradition hip-hop. L'escalade verbale (sans grande imagination) est destinée à donner une vision de mâle dominateur des deux rappeurs, défiant l'autorité, l'ensemble de leurs confrères et la gent féminine . A cela s'ajoutent les habituelles considérations sur la cité, le quartier, la ville et le département qui valent évidemment mieux que le territoire des voisins. Bref, il s'agit d'un discours extrêmement codifié. Il y en a eu des exemples mieux écrits, moins caricaturaux et finalement plus subversifs. Une phrase : "J'emplis Waldeck de gaz moutarde/Je fais ça à la Russe" a particulièrement inquiété les policiers de Nantes, Waldeck-Rousseau ayant donné son nom à un commissariat de la ville. C'est sur elle que se concentre le débat, tout comme "Nique La Police", de NTM, il y a quelques années.
Quant au clip, on peut y voir de la marijuana (grande constante des clips de rap, de rock, de reggae et de nombreux films visibles en salle), une moto volée (selon la Police) et des images de violence réelle, qui auraient été, toujours selon la Police, mises en scène par le réalisateur pour illustrer son clip. Celui-ci s'en défend. On attend donc qu'une enquête établisse ces faits.
Quelques mois après le procès intenté à Monsieur R et quelques mois avant la prochaine élection présidentielle, cette affaire pourrait facilement se transformer en accusation portée contre l'ensemble du rap français et en duel entre les deux principaux partis du pays. Le député UMP Eric Raoult (très enclin à intervenir dans ce genre de débats) accuse en effet le PS d'avoir financé une entreprise d'"incitation à la violence" tandis que Jean-Marc Ayrault s'estime trahi. Le réalisateur s'efforce de dissocier le clip de son projet sur le malaise des banlieues et promet que les 700 euros confiés par la Mairie serviront à réaliser le sujet promis. Les chanteurs, quant à eux, disent avoir fait appel à des métaphores, ce qui, scrito sensu, est indiscutable, le commissariat de Nantes n'ayant jamais été gazé ni par un rappeur, ni par Vladimir Poutine... Les Tchétchènes aimeraient pouvoir en dire autant!
L'avenir nous dira la portée de ces accusations. Si le vol d'une moto relève évidemment du droit commun, toute condamnation des paroles constituerait une menace évidente à la liberté d'expression de beaucoup de rappeurs, la surenchère verbale et l'attitude défiante étant des caractéristiques majeures du rap hexagonal depuis son origine. Cette affaire mérite donc d'être suivie avec la plus grande attention.